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Billet d’humeur #3 – Une vie sous stup’.

Si tu me suis sur Twitter ou Instagram, tu as du entendre parler des effets secondaires que je subis Ă  cause de mon traitement mĂ©dicamenteux, qui est très lourd. Aujourd’hui, je vais te parler de mon quotidien sous morphine. Cela peut te permettre de comprendre une grande partie de mes rĂ©actions que tu peux parfois trouver exagĂ©rĂ©es, et aussi de savoir quelques trucs sur les traitements Ă  base de morphine.

Je ne te dirai pas de quelle pathologie je souffre. Parce que bien que je partage beaucoup de choses, j’estime que certaines doivent rester dans le domaine du privĂ©. La raison pour laquelle je suis souffrante restera donc confidentielle, d’une part parce qu’elle est très rare, et d’autre part parce que cela ne regarde que moi et mes soignants.

Toutefois, je ressens le besoin de parler de ce type de traitement, qui n’est pas Ă  prendre Ă  la lĂ©gère de par sa nocivitĂ©, et parce que ces choses sont souvent prescrites de façon abusive. Et ces abus font des ravages. Il n’y a qu’Ă  voir ce qu’il se passe aux États-Unis avec les prescriptions d’antidouleurs… et malheureusement, la France est sur le bon chemin pour reproduire les mĂŞmes erreurs.

Je n’Ă©cris pas cet article pour me plaindre, pour avoir plein de messages emplis d’une pitiĂ© plus ou moins sincère. J’ai mon entourage pour cela, qui connaissent bien mieux ma situation.

Mon traitement actuel

Il faut savoir que le traitement que je prends n’est pas abusif et surtout n’est pas prescrit Ă  la lĂ©gère. Nous avons procĂ©dĂ© par Ă©tapes avant d’en arriver lĂ  ou j’en suis.

Mes douleurs sont, depuis environ un an, insupportables. Tellement insupportables que je n’ai aucun rĂ©pit, que l’opĂ©ration que j’ai subi n’a absolument pas amĂ©liorĂ© mes conditions de vie. Et la douleur, sur le long terme, est dĂ©vastatrice. La douleur peut mener Ă  la dĂ©pression, et dans les cas les plus extrĂŞmes, au suicide.

Nous avons donc commencĂ© par la codĂ©ine, avec du dafalgan codĂ©inĂ©. Ensuite, voyant que la codĂ©ine ne faisait aucun effet, nous avons du passer aux opiacĂ©s. Lamaline pour commencer. Plusieurs mois plus tard, je suis passĂ©e Ă  l’Izalgi. Puis Tramadol. Et enfin l’Oxycodone d’abord seul, puis couplĂ© au Laroxyl. On m’a proposĂ© de passer Ă  l’Actiq, qui est une sorte de sucette de morphine Ă  effet flash. Le principe c’est que ça passe direct par les muqueuses et donc le sang, au lieu de la voie digestive qui est plus lente. On propose ce traitement aux personnes âgĂ©es par exemple, pour les aider Ă  supporter un acte mĂ©dical très douloureux, comme un changement de pansement par exemple. J’ai refusĂ© ce traitement parce que j’avais peur de l’overdose et des effets secondaires encore plus forts.

Opiacés, morphiniques, de la drogue?

Les mĂ©dicaments tels que Lamaline ou Izalgi sont des opiacĂ©s. Cela signifie qu’ils contiennent de l’opium. Et l’opium, c’est une substance issue du pavot qui se retrouve notamment dans l’hĂ©roĂŻne. Les effets nĂ©fastes sont donc similaires Ă  peu de choses près, et l’antidote est la mĂŞme : la Naloxone. Les opiacĂ©s peuvent donc, comme l’hĂ©roĂŻne qui est une drogue dure, provoquer une forte addiction. Ces mĂ©dicaments entrent donc dans la catĂ©gorie des stupĂ©fiants.

Ces substances sont prescrites par un mĂ©decin pour soulager de fortes douleurs dès qu’aucune autre solution plus douce n’est efficace. L’oxycodone est surtout prescrite en soins palliatifs pour aider les personnes souffrant de cancers. Les ordonnances pour ces substances sont sĂ©curisĂ©es et assez restrictives. Par exemple, une ordonnance contenant du stup ne pourra ĂŞtre utilisĂ©e que dans une seule pharmacie, la prescription contiendra le nombre exact de comprimĂ©s au cachet près pour ne pas qu’il y ait d’abus, et il est impossible d’en avoir dans des dĂ©lais infĂ©rieurs Ă  28 jours.

Donc quand la France reste stricte sur l’interdiction du cannabis thĂ©rapeutique, crois moi que je ris jaune… Parce que clairement, je suis obligĂ©e de prendre de grosses doses de pseudo hĂ©roĂŻne pour essayer de pas trop souffrir. C’est incomprĂ©hensible.

Stupéfiants = abus

Évidemment, comme pour tout, il y a des abus. Aux Etats-Unis, ces morphiniques (notamment l’oxycodone) sont prescrits n’importe comment Ă  n’importe qui en premier recours. Cela crĂ©Ă© donc une population complètement accro… et des overdoses. Je me souviens qu’il y a trois ans environ, mes douleurs commençaient Ă  devenir problĂ©matique et j’avais besoin de me faire arrĂŞter parce que j’Ă©tais incapable de travailler. Je suis allĂ©e voir le premier mĂ©decin qui a pu me prendre, et il m’a prescrit de l’oxy direct, sans mĂŞme connaĂ®tre mes antĂ©cĂ©dents… Avec ce genre de mĂ©decin, pas Ă©tonnant qu’il y ait des abus et des utilisations dĂ©tournĂ©es.

Ma gĂ©nĂ©raliste (qui est formidable, au passage) m’a avouĂ©, une fois qu’elle a du venir chez moi pour une consultation alors que j’Ă©tais incapable de conduire, un truc de dingue… Au tout dĂ©but de mes douleurs trop intenses, elle croyait que je venais juste pour des mĂ©docs et que j’en faisais des caisses! Quand elle a vu mes IRM et les consĂ©quences des douleurs sur mon quotidien, et qu’elle a compris qu’effectivement il y avait un gros problème, elle s’est excusĂ©e presque en larmes. Parce qu’apparemment, des patients qui en font des caisses pour avoir du stup gratuit (merci la sĂ©cu), il y en a quand mĂŞme pas mal… Évidemment je ne lui en veux pas. Je prĂ©fère qu’elle ait Ă©tĂ© vigilante plutĂ´t qu’elle me prescrive n’importe quoi.

Parce qu’une overdose peut arriver dès la première prise, mĂŞme avec une dose minime.

Effets secondaires

Évidemment, le passage d’un mĂ©dicament Ă  un autre s’est fait progressivement. Il a fallu que je prouve qu’ils n’Ă©taient plus efficaces.

Sauf que comme tout mĂ©dicament, il y a des effets secondaires dangereux qui sont frĂ©quents. Et pour chaque mĂ©dicament diffĂ©rent, j’ai eu toute une flopĂ©e d’effets indĂ©sirables.

Ça a commencĂ© par la sensation d’ĂŞtre complètement shootĂ©e. De ne pas tenir debout, ĂŞtre assez dĂ©sinhibĂ©e pour en arriver Ă  envoyer bouler ma patronne dans le plus grand des calmes en rigolant bĂŞtement. J’ai Ă©tĂ© tellement shootĂ©e que je ne pouvais rien faire d’autre que rester couchĂ©e sur mon lit Ă  bader le plafond et faire une fixette sur le reflet de la fenĂŞtre et du soleil au dessus de moi. NausĂ©es, malaises. Tout ça, je l’ai connu avec tous les traitements.

Les effets secondaires actuels.

Et depuis l’oxycodone, il y en a encore plus. DĂ©jĂ , comme toute drogue, tu ne le supportes pas dès les premières prises. Tu as envie de vomir. Tu as l’impression d’ĂŞtre complètement shootĂ©. J’ai mĂŞme refusĂ© de le prendre Ă  une pĂ©riode, mais mes douleurs m’ont vite rappelĂ©e Ă  l’ordre. Et petit Ă  petit, l’accoutumance se fait. Aujourd’hui, je ne suis plus du tout shootĂ©e. Je suis Ă  peine fatiguĂ©e. J’ai un presque total contrĂ´le de moi-mĂŞme.

Mais les effets secondaires les plus dĂ©lĂ©tères sont arrivĂ©s une fois l’accoutumance faite. Et beaucoup ont pu les remarquer sur les rĂ©seaux sociaux, prenant juste cela comme de l’agressivitĂ© pure et simple. Ou mĂŞme encore que j’Ă©tais folle et bonne Ă  enfermer ! Alors que j’Ă©tais (et je suis toujours) juste en souffrance, et que je n’avais pas un total contrĂ´le de moi-mĂŞme.

  • AgressivitĂ©, irritabilitĂ©.
  • AnxiĂ©tĂ© exacerbĂ©e, alors que j’avais dĂ©jĂ  un trouble anxieux gĂ©nĂ©ralisĂ© et diagnostiquĂ©, dĂ©pression.
  • Insomnies, nervositĂ©, troubles de la pensĂ©e, hallucinations, cauchemars, trous de mĂ©moire, malaises, fourmillements des extrĂ©mitĂ©s, syndrome de sevrage.
  • DĂ©mangeaisons, vomissements, nausĂ©es, vertiges.

La liste est encore longue, mais je n’ai citĂ© que ceux que je subis.

Je ne suis plus moi-mĂŞme.

D’ordinaire, je ne suis pas agressive pour un sou. Je ne ferais pas de mal Ă  une mouche. Depuis ce mĂ©dicament, je ne me reconnais plus. MĂŞme mon mari ne m’a plus reconnu. Notre mariage est souvent mis Ă  rude Ă©preuve Ă  cause de mon agressivitĂ© inhabituelle et de mon anxiĂ©tĂ© augmentĂ©e.

Les personnes qui m’ont connue avant cela sur le blog et sur les rĂ©seaux sociaux savent. Ils savent que je n’ai pas un fond mĂ©chant. Mais d’autres prĂ©fèrent se baser sur un seul tweet pour cataloguer une personne, et appeler le monde Ă  les cancel. C’est exactement ce qu’il se passe.

De plus, je ne dors presque plus. La nuit, je me rĂ©veille en panique Ă  cause de cauchemars vraiment traumatisants. Donc les crises de panique la nuit ou le matin sont très frĂ©quentes. Tellement frĂ©quentes que je n’ai mĂŞme plus envie de dormir, tellement j’ai peur de refaire des crises de panique. Le serpent qui se mord la queue.

Évidemment, j’ai signalĂ© ces effets secondaires aux personnes qui s’occupent de moi. Des mesures sont prises pour me faire changer de traitement et amĂ©liorer mes conditions de vie. Les dĂ©lais de rendez-vous en structure spĂ©cialisĂ©e contre la douleur sont longs. Je prends mon mal en patience.

Effets dĂ©vastateurs qui t’isolent

Le pire dans tout ça, c’est qu’Ă  cause de ces douleurs qui m’usent, de ces mĂ©dicaments qui me dĂ©truisent, et de ces effets secondaires qui sont provisoires, socialement, c’est un dĂ©sastre. J’ai Ă©voquĂ© les rĂ©seaux sociaux dĂ©jĂ , mais les changements sont pire dans la vraie vie.

Ça m’a permis de faire le mĂ©nage dans mes frĂ©quentations. Dans mes amis. Parce que souvent, les amis qui te jurent d’ĂŞtre toujours lĂ  pour toi, le jour ou tu es malade, ils se barrent quand mĂŞme. Ils te sortent la disquette classique du “t’as changĂ©” sans chercher Ă  comprendre pourquoi ou Ă  en discuter. Ils prennent la poudre d’escampette et te laissent dans ta merde. Mes invitĂ©s de mariage, si je devais recommencer ce jour merveilleux, serait rĂ©duits d’un bon quart. Quand tu as mal, que les mĂ©dicaments parlent pour toi, il n’y a plus personne.

Injustice, sentiments à fleur de peau, idées noires.

J’avais une amie avant, ancienne toxico. C’Ă©tait une hĂ©roĂŻnomane, donc depuis le dĂ©but elle me soutenait parce qu’elle connaissait les effets secondaires qui rythmaient ma vie. Mais du jour au lendemain, plus personne, Ă  cause de la disquette classique du “t’es trop nĂ©gative” alors que je l’encourageais dans une Ă©tape de sa vie qui Ă©tait compliquĂ©e.

Tu encourages les gens en leur disant que t’es optimiste et que tu es sĂ»re qu’ils y arriveront, tu es positive Ă  bloc, tu proposes ton aide, et tu t’en prends plein la gueule. “T’as changĂ© / je te demandais juste de me plaindre, pas de croire en moi / de toute façon t’es devenue un monstre”… tu vois le dĂ©lire. VĂ©ridique, elle a vraiment dit ça. Donc forcĂ©ment, irritabilitĂ© et sensibilitĂ© augmentĂ©es, j’ai vu rouge. J’ai failli passer l’arme Ă  gauche tellement j’Ă©tais choquĂ©e. J’ai bu un bon quart de bouteille de rhum avec mes mĂ©dicaments dans l’espoir de ne plus jamais me rĂ©veiller tellement l’injustice et la violence Ă©taient forte.

Mais bon. Quand j’y rĂ©flĂ©chis, je me dis qu’avec son passĂ© de meuf qui frĂ©quentait les gens pour avoir sa dose de crack et qui utilise son gosse pour avoir des partenariats Twist Shake, je ne pouvais pas m’attendre Ă  mieux.

Malheureusement, elle a été témoin de notre mariage, et son nom salira à jamais les documents du plus beau jour de ma vie, et sa sale gueule gâchera toujours les photos de ce jour magique.

Tout ça pour dire que

Quand t’es malade, tu perds la moitiĂ© des gens auxquels tu tenais. La majoritĂ© des soutiens ne sont pas sincères. Les mĂ©dicaments et la douleur dĂ©truisent une personne. Et forcĂ©ment, c’est un cercle vicieux. Plus tu vas mal psychologiquement, plus tes douleurs augmentent, plus tu vas mal etc…

Les gens sont mauvais et n’hĂ©sitent pas Ă  te cancel sur la base d’un seul tweet mal interprĂ©tĂ©. Les gens pensent tout savoir et juger l’entièretĂ© d’une personne sur 280 caractères. Qu’ils soient random ou bien blogueuse Ă  succès, supposĂ©ment woke et pronant la tolĂ©rance.

Les mĂ©dicaments et la douleur changent une personne. L’usent. La tuent Ă  petit feu. Mais ces effets, ce n’est que provisoire. Avec de la force, on arrive Ă  s’en sortir encore plus forts qu’auparavant. Et mieux entourĂ© que jamais, dĂ©barrassĂ© d’ordures.

Si tu peux éviter de prendre des antidouleurs, évite. Si tu peux soulager ta douleur avec des médicaments doux, fais le. Les méthodes douces telles que la méditation peuvent aider par exemple. La kiné parfois. Mais évite à tout prix les opiacés, qui vont te détruire.

Entoure toi des bonnes personnes. C’est plus facile Ă  dire qu’Ă  faire, mais justement. Eloigne toi des personnes qui peuvent ĂŞtre nocives ou intĂ©ressĂ©es. Vaut mieux larguer qu’ĂŞtre larguĂ©. Essaye de rester optimiste malgrĂ© tout. C’est ok de craquer parfois. Mais dès que ça sera fini, tu seras plus fort.e. Ce n’est que provisoire. Il y a des personnes pour t’aider Ă  quitter une addiction. Mes DM sont ouverts.

Sources images : Pixabay.
Image par Pexels de Pixabay – Image par StockSnap de Pixabay – Image par Free-Photos de Pixabay

Commentaires

  1. Ton article me fait prendre (encore plus) conscience de mon problème avec les opiacés. Izalgi et lamaline ne font plus effet (ou minime), je ne sais pas trop vers qui me tourner, sachant que je suis déjà en sevrage d’anxio..

    1. Coucou! Je les connais ceux là…
      Es tu prise en charge par un centre antidouleur? Tu peux te tourner vers un•e addictologue pour gérer ton sevrage. C’est ce que j’ai fait en début de grossesse pour réduire l’oxycodone.

      1. Merci pour ta réponse 🙂
        Je l’étais il y a quelques années et puis j’ai lâché (my bad). Mais c’est vrai que je me demande depuis qq mois si je ne devrai pas retenter. En tout cas la lecture de ton article me permet de me confronter au problème alors que je faisais un peu l’autruche, alors pour ça, merci 🥰
        (Et bon courage pour l’accouchement !)

        1. Difficile de pas faire l’autruche quand on est seule dans le cas. Des fois on ose pas vraiment se rendre compte du problème et qu’on est pas légitimes de se plaindre. Mais ces médicaments ça soulage mais ça détruit en même temps.
          (Merci, j’y suis là! Et grâce à l’oxy je sens à peine les contractions, je suis bien là 🤣)

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