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"J’ai merdĂ©"

Aujourd’hui, je t’Ă©cris un article trĂšs personnel Ă  propos de mon passĂ©, des bĂȘtises que j’ai pu faire, de mes erreurs, et des leçons que j’en tire. Parce que oui, mĂȘme si je suis une grande bavarde, je ne vais pas raconter une partie dĂ©licate de ma vie sans qu’il n’y ait une leçon Ă  en tirer.

“J’ai merdĂ©”.

Il y a quelques annĂ©es, je devais avoir 19-20 ans. Fragile, dans un couple malsain, avec un rapport trĂšs spĂ©cial Ă  la sexualitĂ©, et sans aucune confiance en moi. J’Ă©tais considĂ©rĂ©e comme une gamine, comme une merdeuse, tout simplement. J’Ă©tais en situation de mal-ĂȘtre, j’avais besoin de m’affirmer, mais c’Ă©tait impossible avec le bourreau qui me servait de mec Ă  cette Ă©poque.

À ce moment lĂ , j’Ă©tais aussi cette camgirl influençable, qui essayait de s’imposer, tout en Ă©tant une vraie praline. Une image mi coquine/mi enfant, en somme. J’Ă©tais comme Ă  la pĂ©riode de cet article. L’exact opposĂ© de ce que je suis aujourd’hui.

J’avais une amie, rencontrĂ©e sur le net, que je connaissais aussi IRL. Je passais souvent des week-ends chez elle et son compagnon, Ă  environ 2h de train de chez moi et mon ex. Je m’y Ă©vadais le temps de deux ou trois jours avant de revenir Ă  la rĂ©alitĂ©. Cette amie Ă©tait la grande soeur que je n’ai jamais eue, et je m’entendais aussi trĂšs bien avec son mec. Il m’intimidait de part son mĂ©tier (que je ne citerai pas, mais qui aura toutefois de l’importance je pense), mais je le trouvais drĂŽle et gentil.

Nous appellerons mon amie Camille, et son mec Bernard. (Ne me demandez pas pourquoi, ce sont des noms qui me sont venus totalement au hasard).

C’est lors d’un week-end chez eux que tout a basculĂ©.

Le début des problÚmes.

Je dormais dans leur salon et Bernard a commencĂ© Ă  me regarder, sans que Camille ni moi on ne s’en aperçoive. Il a ensuite commencĂ© Ă  discuter avec moi sur MSN, sans se cacher de Camille: confiance et bienveillance Ă©taient au rendez-vous, nous n’Ă©tions que des amis.

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Photo de JÉSHOOTS sur Pexels.com

Et lĂ , de maniĂšre trĂšs insidieuse, le malaise a commencĂ© Ă  apparaĂźtre. Bernard Ă©tait trĂšs agrĂ©able, toujours Ă  ĂȘtre marrant, parfois Ă  faire quelques blagues osĂ©es, mais toujours respectueux. Il a commencĂ© Ă  me complimenter, Ă  me parler de lui
 et Ă  me demander des conseils, Ă  moi, en tant que camgirl, pour l’aider Ă  prendre confiance en lui et Ă  mieux accepter ses complexes.

Je suis tombĂ©e dans le panneau. J’ai commencĂ© Ă  m’attacher, tout en Ă©tant dans le dĂ©ni. Et dĂšs que j’avais un Ă©clair de luciditĂ© et que je ne lui rĂ©pondais pas, parce que je trouvais que ça allait trop loin ou que j’Ă©tais gĂȘnĂ©e, il commençait Ă  insister et Ă  me culpabiliser. Il avait trouvĂ© son filon, et j’Ă©tais Ă  sa merci, sans savoir comment m’en dĂ©patouiller. En parler Ă  Camille? J’en avais peur. Je ne voulais pas prendre le risque de briser une si belle amitiĂ©, et de briser un couple qui semblait se porter bien. Peut-ĂȘtre que ce n’Ă©tait rien? Peut-ĂȘtre que je me faisais des idĂ©es, avec mon cĂŽtĂ© toujours un peu parano? Je ne savais pas, et surtout, je ne savais pas Ă  qui en parler.

Il avait rĂ©ussi Ă  crĂ©er chez moi une sorte d’attachement, d’addiction, mais mĂȘlĂ©e Ă  un Ă©norme sentiment de dĂ©goĂ»t de lui, de moi, de tout. Et quand tu n’es pas dans le truc, c’est difficile Ă  rationnaliser. N’importe quelle personne extĂ©rieure dirait “mais c’est trop malsain, sors-toi de lĂ “, mais quand tu es lĂ  dedans, tu as peur. Comme cette drĂŽle de rĂ©action quand tu es sur une voie ferrĂ©e et que le train arrive droit sur toi: tu sais que c’est dangereux, mais tu es pĂ©trifiĂ©e et tu ne peux pas bouger.

Le point de non-retour

Et je ne sais pas comment nous y sommes arrivĂ©s, mais c’est arrivĂ©: je me suis sentie forcĂ©e de rĂ©pondre Ă  ses dĂ©sirs sexuels. Sur le coup, j’en Ă©tais presque excitĂ©e, mais toujours en Ă©tant terrifiĂ©e. Je ne savais pas si j’en avais vraiment envie, j’avais peur de dire non, j’avais peur de Bernard, de Camille, de mon mec
 et de moi. Il arrivait Ă  profiter de moi mĂȘme sous leur toit, dĂšs que Camille avait le dos tournĂ©. Ça allait de l’entrĂ©e “accidentelle” dans la salle de bains quand je prenais une douche, Ă  la fellation presque forcĂ©e quand elle allait promener le chien, ou qu’il fallait aller chercher un truc au Leclerc pour elle au travail.

Quand je suis rentrĂ©e chez moi, j’Ă©tais dĂ©goĂ»tĂ©e. DĂ©goĂ»tĂ©e de moi, de lui, et surtout, je culpabilisais Ă©normĂ©ment. Il me relançait sans cesse par messages, et Ă  chaque fois que je lui disais NON, il revenait Ă  la charge en me culpabilisant et en essayant de me faire pitiĂ©.

Stop.

Pourquoi je ne portais pas plainte? Par peur. J’aurais pu, et mĂȘme j’aurais du le faire. Mais il y avait toujours cette peur de “sur le coup je ne disais pas assez explicitement non”, “elle ne s’est pas dĂ©battue“, “elle me pique mon mec“, “ma meuf est une salope“
 et surtout, le possible soutien de ses collĂšgues, au Bernard. Bah oui, une personne d’un mĂ©tier si respectĂ©, qui a une si bonne image, comment il pourrait faire ça? C’est impossible!

J’ai donc coupĂ© contact, petit Ă  petit. À coups de menaces. Je n’Ă©tais pas fiĂšre : en arrĂȘtant cette situation si dangereuse qui me tuait Ă  petit feu, je perdais cette amie qui m’avait tant aidĂ©e. Tant pis.

Camille? Elle s’est posĂ©e tout un tas de questions. Pourquoi je ne venais plus chez eux? Pourquoi je ne prenais plus de nouvelles? Pourquoi je n’Ă©tais plus comme avant?

Aujourd’hui.

Les annĂ©es sont passĂ©es. J’avais presque oubliĂ© ce que m’avait fait subir Bernard. Comment parvenir Ă  oublier ça, me demanderas-tu? (Ce que je comprends aussi) Merci Ă  la MĂ©moire Traumatique. C’est une mĂ©moire qui n’est pas lĂ  pour stocker les souvenirs comme la mĂ©moire que tu connais normalement. Un Ă©vĂšnement traumatique reste enregistrĂ© dans la partie du cerveau qui gĂšre les rĂ©actions Ă©motionnelles, celle qui analyse le danger et te met en mode survie. Cette “mĂ©moire” ne sert pas Ă  sauvegarder tes souvenirs, mais Ă  te protĂ©ger, en gros, en occultant des choses que tu as vĂ©cues. Mais ces souvenirs peuvent revenir Ă  tout moment. Et c’est ce qui est arrivĂ©.

J’Ă©tais encore nostalgique de ces bons moments avec Camille. Mais j’Ă©tais bien. J’avais larguĂ© mon ex bourreau, j’avais refait ma vie avec Monsieur X. Je n’y pensais plus, tout ça Ă©tait loin derriĂšre moi, jusqu’Ă  un soir ou je n’arrivais pas Ă  dormir, il y a 6-7 mois, que je flanais sur mon tĂ©lĂ©phone, et que Bernard est rĂ©apparu, “pour prendre des nouvelles“. Je rĂ©ponds, poliment, et lui souhaite une bonne soirĂ©e. Mais il ne s’est pas arrĂȘtĂ© lĂ , et me sort que l’ancien temps lui manque (DĂ©so, pas Ă  moi
) et qu’il aimerait que je l’aide “Ă  se finir“. C’Ă©tait la goutte de trop.

Monsieur X est au courant de toute l’histoire. Je lui ai racontĂ© ce qu’il s’est passĂ© quand il dormait, que je l’ai envoyĂ© bouler et que je l’ai bloquĂ© de partout : Messenger, tĂ©lĂ©phone, WhatsApp
 Tout ce que je pouvais. Ce morceau de conversation avait rĂ©veillĂ© en moi toute la souffrance de cette Ă©poque, et j’ai passĂ© les deux nuits suivants complĂštement malade de stress, d’anxiĂ©tĂ©, de culpabilité  Franchement, ce n’Ă©tait pas beau du tout Ă  voir.

J’ai eu envie de le punir. De lui faire du mal. De me venger de tout ce que j’avais refoulĂ© pendant ces six ans ou j’avais la sensation d’ĂȘtre heureuse et Ă©panouie, mais durant lesquelles ces souvenirs pouvaient me hanter, me faire regretter la perte de Camille, me faire me sentir comme une merde
 Et j’ai pris mon courage Ă  deux mains, aprĂšs avoir murement rĂ©flĂ©chi.

J’ai franchi le pas.

J’ai tout avouĂ© Ă  Camille, la peur au ventre, par message. Je lui ai tout dit. Comment Bernard a merdĂ©, comment je suis tombĂ©e dans le panneau, pourquoi j’ai pris mes distances, pourquoi je reviens vers elle ce jour lĂ  prĂ©cisĂ©ment. J’ai prĂ©fĂ©rĂ© tout lui rĂ©vĂ©ler avant qu’ils ne se marient l’annĂ©e prochaine, ĂȘtre honnĂȘte parce que les mensonges reviennent toujours, et pour la protĂ©ger mĂȘme si je lui ai infligĂ© une douleur horrible qu’elle ne mĂ©ritait pas de connaĂźtre : si il a merdĂ© comme ça avec moi, il a du merder avec d’autres nanas.

À ma grande surprise, je n’ai pas Ă©tĂ© insultĂ©e, traĂźnĂ©e dans la boue, pas d’engueulade. Pas d’Ă©clat de voix. Elle m’a remerciĂ© pour ma sincĂ©ritĂ© et elle a compris. Je ne comprendrai jamais sa sagesse, c’est une femme que j’admire. Son couple en a vraiment pris un coup et je n’en suis pas fiĂšre, mais Camille est tellement extraordinaire qu’il fallait qu’elle soit au courant. Je ne pouvais pas lui mentir plus longtemps. Je voulais lui Ă©pargner des souffrances futures, mĂȘme si ce que je lui ai avouĂ© lui a mis une grande tarte Ă  travers la figure. On a discutĂ©, calmement. Et je ne sais pas vraiment ce qu’il se passe entre eux aujourd’hui. Et j’en souffre toujours.

Si je t’ai Ă©crit ça, c’est pour en tirer quoi?

    • Ce n’est pas parce que dans le passĂ© on a pu faire des erreurs, qu’elles font ce que nous sommes. Ce que je veux dire, c’est que ce n’est pas parce que j’ai pu fricoter avec le mec d’une de mes meilleures amies, que je suis nĂ©cessairement aujourd’hui une briseuse de couples ou une salope. En revanche, une personne qui abuse d’une autre de cette maniĂšre maladive
 c’est une autre histoire.
    • Le consentement peut ĂȘtre viciĂ© par Ă©normĂ©ment de manipulation, surtout sur une personne fragile. Sur le coup, elle pensera qu’elle Ă©tait consentante, mais en fait elle ne l’Ă©tait pas, et ce souvenir la hantera toujours.
    • La peur de dĂ©noncer, de porter plainte, d’en parler, de dire non
 Est bien rĂ©elle. Ce n’est pas parce qu’on ne dit pas non que cela veut dire oui. Et porter plainte expose Ă  tellement de pression
 On a peur que la police ne nous aide pas et minimise notre vĂ©cu, on a peur de la rĂ©action de l’autre, on a peur des victimes collatĂ©rales
 Et on a peur de soi.
    • La culpabilitĂ©, mĂȘme si je sais que je ne suis coupable de rien, est toujours lĂ , mĂȘme 6-7 ans aprĂšs. Avec toujours cette Ă©ternelle question: et si j’avais Ă©tĂ© capable de dire non? et si j’en avais parlĂ© tout de suite? et si j’avais portĂ© plainte? et si je n’avais rien dit et que ça avait continuĂ©?
    • La manipulation peut ĂȘtre tellement puissante sur une personne fragile. Je me suis sentie parfois presque excitĂ©e, jusqu’Ă  redevenir dĂ©goĂ»tĂ©e dans mes moments de luciditĂ©. Je n’avais aucun rĂ©el plaisir, et je me sentais obligĂ©e mais sans l’ĂȘtre vraiment. Je ne sais pas vraiment comment dĂ©crire ça. C’Ă©tait une manipulation trĂšs violente psychologiquement, mais en mĂȘme temps tellement douce, que quand tu es en plein dedans, tu ne peux pas saisir Ă  quel point c’est malsain. Tu te rends compte des choses aprĂšs, tu es complĂštement aliĂ©nĂ©e, et aprĂšs tu t’en mords les doigts.
  • La prescription. Aujourd’hui, j’aurais aimĂ© porter plainte pour les actes sexuels que j’ai du faire. Je suis enfin prĂȘte. Cependant, c’Ă©tait il y a 6-7 ans, donc il y a prescription. La seule petite possibilitĂ© serait de porter plainte par rapport Ă  la date ou il m’a relancĂ©e en Mai dernier, et d’aller en arriĂšre sur tout ce qu’il s’est passĂ© quelques annĂ©es avant? Inutile. Je n’ai plus aucune preuve depuis le temps. Mais si par malheur je devais subir de nouveau ce type de harcĂšlement, je n’hĂ©siterais pas une seconde.

Les conseils que je peux te donner?

    • Au premier soupçon, dis clairement non, et screene absolument tout. C’est l’erreur que j’ai faite, je n’ai conservĂ© aucune trace.
    • Ne te laisse pas embobiner, mĂȘme si c’est plus facile Ă  dire qu’Ă  faire.
    • Si jamais tu tombes dedans, ne prends pas autant de temps pour en parler : parles-en dĂšs le dĂ©but.
    • Tu n’es pas la seule Ă  en souffrir. Ce manĂšge concerne trĂšs rarement seulement deux personnes. LĂ , il y a eu moi, mon ex, Camille, et Bernard.
    • Ceci Ă©tait du harcĂšlement sexuel. Si tu t’en rends compte, ou que tu te poses des questions, c’est qu’il y a un truc pas net. Une situation tout Ă  fait normale ne te ferait pas te poser des questions.
  • Si ton amie est en couple avec la personne qui te malmĂšne, dis lui. Vaut mieux une vĂ©ritĂ© blessante qu’un doux mensonge.

Comment réagir face au harcÚlement sexuel?

Les peines encourues?

Le harcĂšlement sexuel est un dĂ©lit punissable d’une peine de :

  • 2 ans d’emprisonnement,
  • et 30 000 € d’amende.

L’auteur de harcĂšlement sexuel peut Ă©galement devoir verser des dommages-intĂ©rĂȘts Ă  sa victime.

Ces peines peuvent ĂȘtre portĂ©es Ă  3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende, lorsque les faits sont commis :

    • par une personne qui abuse de l’autoritĂ© que lui confĂšrent ses fonctions ;
    • sur un mineur de quinze ans ;
    • sur une personne dont la particuliĂšre vulnĂ©rabilitĂ©, due Ă  son Ăąge, Ă  une maladie, Ă  une infirmitĂ©, Ă  une dĂ©ficience physique ou psychique ou Ă  un Ă©tat de grossesse, est apparente ou connue de leur auteur ;
    • sur une personne dont la particuliĂšre vulnĂ©rabilitĂ© ou dĂ©pendance rĂ©sultant de la prĂ©caritĂ© de sa situation Ă©conomique ou sociale est apparente ou connue de leur auteur ;
    • par plusieurs personnes agissant en qualitĂ© d’auteur ou de complice ;
    • par l’utilisation d’un service de communication au public en ligne ou par le biais d’un support numĂ©rique ou Ă©lectronique ;
    • alors qu’un mineur Ă©tait prĂ©sent et y a assistĂ© ;
  • par un ascendant ou par toute autre personne ayant sur la victime une autoritĂ© de droit ou de fait.

💖 Courage à toutes ces personnes qui subissent au quotidien 💖

Commentaires

  1. Je te comprends tellement đŸ™đŸŒĂ‡a fait des mois que j’essaie d’Ă©crire un article qui traite de ce sujet mais c’est tellement difficile, je ne trouve pas les mots pour expliquer correctement ces situations. Alors bravo Ă  toi, cet article est parfait.

    1. Merci Ă  toi ❀
      Prends ton temps, ne te force pas.
      J’ai mis presque 7 ans avant d’ĂȘtre capable de poser les mots «harcĂšlement sexuel » sur cette pĂ©riode de ma vie.

      1. lecarnetdesplaisirs

        Je me reconnais tellement lĂ  dedans, ce sont des mots si durs Ă  accepter, et puis c’est le genre de situation « qui n’arrive qu’aux autres ».. sauf qu’en fait non.

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